Etudiants algériens en fuite !
26/09/2009 19:35 par nabile
Ils sont chaque année des milliers d’étudiants algériens à quitter leur pays, avec pour tout bagage une valise, une inscription à l’université, un visa et les conseils de leur famille. Si la plupart choisissent comme première escale la France, d’autres lui préfèrent l’Egypte, la Russie ou même le Kosovo. A quelques jours du grand départ, ils racontent leurs défis. Avec plus de 10 000 demandes de visa d’études par an, dont 4000 accordés en moyenne, la France est la première destination des étudiants algériens. D’après l’Union nationale des étudiants en France (UNEF), il y aurait environ 24 000 étudiants algériens sur le sol français. Rencontrés aux abords du Centre d’études français d’Alger, le CEF devenu en quelques années un passage obligatoire pour l’obtention du précieux visa D, et de l’ambassade de France, les étudiants étaient nombreux à trépigner d’impatience en attendant le grand jour. Ainsi pour Chahinez, 23 ans, qui s’apprête à faire un master en droit à Paris, le plus dur reste de quitter ses parents. « Je suis très proche d’eux, nous confie-t-elle, c’est pour cela que je pars en France : en dehors du fait que je maîtrise la langue française, je ne suis qu’à deux heures d’Alger. Partir est à la fois angoissant et excitant. Angoissant de se dire qu’on va devoir se débrouiller tout seul, et excitant parce qu’une nouvelle vie commence. » Fouad, 25 ans, n’a pas les mêmes préoccupations. Venu retirer son visa d’études de bon matin, il tire longuement sur sa cigarette avant de répondre le sourire en coin : Une jeune fille qui attend derrière lui dans la file acquiesce : « C’est un soulagement mêlé de peur. Une chose est sûre : tant que je ne suis pas sur le sol français, je refuse d’y croire car pour moi, c’est un rêve qui se réalise. » Yasmine, étudiante en gestion, est moins enthousiaste. « Certes, je suis folle de joie d’avoir obtenu mon visa, mais ça ne m’empêche pas d’avoir très peur. Je sens que je vais faire connaissance avec le mot précarité. Là-bas, ça va être très difficile, surtout au début. Il va falloir trouver un logement, un travail, se faire des amis et le tout en réussissant à la fac. » Tout le monde opine de la tête. Le logement en France pour les étudiants algériens est un sujet épineux. Ils sont nombreux à le souligner, expliquant qu’ils vont devoir compter dans un premier temps sur l’hospitalité d’amis, de vagues cousins ou de connaissances à leurs parents. Amine, étudiant en communication, se dit même « très angoissé et inquiet », car il n’a été accepté qu’à l’université de Grenoble où il ne connaît personne : « Je compte louer une chambre dans une auberge de jeunesse au départ, en espérant que ça ne soit pas trop cher et que je puisse vite trouver à loger chez un habitant. Si la première chose que mettent en avant les candidats pour la France c’est sa proximité avec leur pays d’origine et la langue française, il en va autrement pour les étudiants algériens qui partent aux Etats-Unis. Pour eux, c’est avant tout une question de rêve. Ainsi Yacine, qui ira bientôt poursuivre ses études de math sup, raconte : « Je n’ai jamais eu l’intention d’aller ailleurs qu’aux Etats-Unis. L’idée ne m’a même pas effleuré d’essayer la France comme beaucoup de mes amis. C’est vrai que les études sont chères et que la vie est beaucoup plus difficile qu’en Europe, mais on y dispense un excellent enseignement et les perspectives d’embauche sont plus importantes. » Les étudiants désireux de partir aux Etats-Unis trouvent toutes les informations nécessaires au Centre d’information et de conseil pédagogique de l’ambassade des Etats-Unis en Algérie. Parce que passionné de cinéma depuis tout petit, Abderazak a décidé de quitter l’Algérie où, dit-il, « l’Etat n’a pas encore compris qu’il fallait enseigner le cinéma dans les universités. Ça parle de festival et de subvention, mais ça ne pense même pas à nous former ! » N’ayant pas les moyens d’aller en France comme il le souhaitait dans un premier temps, il a décidé d’aller s’installer en Tunisie pour intégrer une école de cinéma : « J’aurais préféré rester en Algérie, mais je ne veux pas tout apprendre sur Internet ou sur les plateaux, ni supplier les ambassades de m’envoyer me former. » Hakim, lui, fera la semaine prochaine sa demande de visa pour aller poursuivre ses études de médecine en Russie. Il a obtenu une pré-inscription à l’université de Riazan. Il aurait, dit-il, préféré Moscou mais trouve le coût de la vie bien trop cher pour ses faibles moyens : « Je n’ai que 2500 euros, ce qui n’est pas suffisant pour aller en France, j’ai donc opté pour la Russie qui est beaucoup moins cher. Je ne sais pas ce qui m’attend, mais je n’ai pas peur. Je préfère vivre ça comme une aventure. Je prendrai un aller-retour et si ça ne marche pas, je rentrerai chez moi. » Les 18 et 19 avril dernier s’est tenu à Annaba le premier salon « Etudier en Russie » organisé par l’association Racus. Les visiteurs ont pu découvrir les universités russes et avoir toutes les informations nécessaires pour un premier départ. De plus, il y aurait en Russie plus de 4000 diplômés algériens. Des centaines d’autres étudiants algériens sont inscrits à l’Institut des études et de recherche arabes du Caire. Après plusieurs conflits avec le ministère de l’Enseignement algérien qui refusait de reconnaître leur diplôme, puisque délivré par un Institut relié à aucune université, qui avait conduit notamment à une grève de la faim, il semblerait que la situation se soit calmée. C’est en tout cas l’avis d’A., une étudiante qui compte s’installer au Caire en ce mois de septembre : « Même si l’année va me revenir à 20 000 euros en moyenne et que plusieurs conflits opposent l’institut au ministère de l’Enseignement supérieur, je suis contente d’y aller. Mes parents ne voulaient pas que j’aille vivre en Europe toute seule, ils sont plus rassurés par un pays musulman. » Même s’ils sont conscients des nombreuses difficultés auxquelles ils vont se heurter, les étudiants algériens sur le départ son quasiment unanimes : tous pensent ne pas revenir en Algérie. Ils disent avoir affirmé le contraire à leurs familles et parfois aux ambassades, mais savent au fond d’eux qu’ils ne reviendront pas, ou du moins pas avant « au moins dix ans », comme le dit Riad en partance pour la Grande-Bretagne. La question qu’ils se posent est souvent : pourquoi revenir ? Leurs familles viendront les voir, et l’attachement qu’ils ont pour leur pays est, disent-ils, contrebalancé par l’état du pays. Les mots se bousculent : chômage, manque de libertés individuelles, policiers à tous les coins de rue, insécurité, absence de loisirs, système éducatif en dérive, bibliothèques quasi inexistantes, etc. « On aurait été plus qu’heureux de mettre nos capacités au service de l’Algérie, affirme un jeune diplômé de l’Ecole polytechnique d’Alger, j’ai eu mon diplôme il y a un an, et j’ai gagné pendant dix mois moins de 20 000 DA par mois. Là, j’ai la chance de partir en France, et je peux vous dire que je n’y ai pas réfléchi à deux fois. Je n’y resterai peut-être pas, mais il est hors de question que je revienne trimer ici. » Nawel, étudiante en commerce, est du même avis. « J’en ai marre de survivre, je veux vivre maintenant. » La Chine, nouvelle mode S’ils ne sont pour l’instant qu’une poignée à partir y suivre leurs études, la tendance risque de changer. Naziha, étudiante en pharmacie, compte aller en Chine en février prochain et affirme que beaucoup de ses camarades veulent y aller : « Aucun de nous n’envisage d’y rester toute sa vie, mais on sait qu’on peut apprendre beaucoup de ce pays en quelques mois. Y passer un ou deux ans nous apporterait un plus considérable. J’ai échangé des mails avec des Algériens installés là-bas, tous me disent que l’ambiance est géniale. » Le Japon, l’autre option Depuis quelques années, le gouvernement du Japon offre des bourses d’études aux bacheliers et étudiants algériens. Ceci, en plus de l’attrait que représente le Japon chez les jeunes Algériens, semble avoir provoqué un véritable engouement. Sarah, fraîchement diplômée en interprétariat, compte participer l’an prochain à la sélection même si elle part cette année en France : « Je vais faire une année à Toulouse, mais je compte bien aller ensuite au Japon, par le biais d’une bourse ou autrement. Je veux vraiment y vivre quelques années : leur culture et leur histoire me fascinent.
Il n’y a pas que le printemps pour profiter de la fraîcheur et de la verdure à Hammam Melouane. L’arrière-saison y est aussi très belle. Pour soulager ses rhumatismes ou organiser un pique-nique, profitez des belles journées de l’automne aux thermes, à moins d’une heure d’Alger. Une légende bien connue veut que la fille d’un très riche bey, paralysée, s’immergea un jour dans une dépression. Aucun traitement ne fut efficace pour sa guérison, sauf les eaux de Hammam Melouane. Elle guérit et son père fit construire une koubba en l’honneur du marabout Sidi Slimane. Une autre légende prétend que le sultan, qui voulait effectuer un long voyage à travers le monde envoya en éclaireur des génies pour préparer des bains où il pourrait, avec sa suite, se reposer des fatigues de la route. Dans sa sagesse, il avait choisi des djinns aveugles, sourds et muets, pour qu’ils ne puissent voir ni surtout divulguer les mystères de ces bains merveilleux. Quelle que soit l’histoire, le nom de Hammam Melouane a toujours été lié à l’efficacité de ses eaux thermales. Située au pied des monts de l’Atlas blidéen, à 37 km au sud-ouest d’Alger et à une trentaine de kilomètres aussi au nord-est de la ville des Roses, cette station attire les curistes de tout l’Algérois et même des pays étrangers – en particulier ceux des pays du Golfe – à la recherche d’air pur et d’un bon compromis entre villégiature et soins. Des espaces sont aménagés pour les familles qui peuvent aussi chiner auprès des artisans. Ces derniers y vendent des ustensiles de cuisine en argile, des derboukas ou du matloue généralement dégusté avec des œufs bouillis au bord de l’oued. Même s’il existe des gargotes à Hammam Melouane, les familles préfèrent les pique-niques en plein air. En bas de la station thermale, des milliers de personnes profitent de la fraîcheur des lieux durant l’été et nagent dans des eaux « naturellement propres ». « Je souffre de douleurs atroces causées par un rhumatisme aigu depuis plusieurs années. A ce jour, aucun remède n’a pu améliorer mon état de santé sauf les eaux de Hammam Melouane. Heureusement qu’il y a ce bain thermal ! Il me procure du bien et un grand soulagement », confie un sexagénaire émigré en France, chaque année de retour à Hammam Melouane depuis l’amélioration de la situation sécuritaire afin de bénéficier des bienfaits de ses eaux. D’après lui, même les grandes stations thermales françaises n’ont pas les vertus thérapeutiques que recèle Hammam Melouane. Une information confirmée aussi par le réceptionniste des lieux qui affirme, en se basant sur les témoignages de certains curistes émigrés, que des médecins en France, sans doute d’anciens pieds-noirs, connaissant la région, leur préconisent des cures thermales à Hammam Melouane pour atténuer leurs rhumatismes. Riches en gaz rares, en azote, en magnésium, en fer et en sulfate, ses eaux légèrement rougeâtres sont donc fortement minéralisées. Elles sont préconisées de manière générale pour soigner les maladies des os et des articulations, les maladies de l’intestin, du pancréas, des reins, de la peau et du foie. Elles sont aussi bénéfiques pour les personnes souffrant de douleurs articulaires et musculaires, de paludisme chronique, de colibacillose, d’obésité, d’anémie, de dysfonctionnement au niveau des artères et des veines. Ce traitement thermal demeure toutefois déconseillé aux personnes atteintes de tuberculose, de cancer en stade avancé ou d’infections généralisées aiguës. Les eaux de Hammam Melouane ont aussi des effets positifs sur le psychisme puisque des personnes rencontrées sur place et souffrant de stress, de douleurs nerveuses et de déprime reconnaissent que les troubles anxieux dont ils sont victimes disparaissent après une cure thermale. A Hammam Melouane, et en dehors des douches et des baignoires individuelles, il y a deux grands bassins qui portent le nom du marabout Sidi Slimane. L’un est réservé aux hommes et l’autre aux femmes. La tradition, même si elle tend à disparaître, préconise que les hommes doivent égorger un coq en hommage à Sidi Slimane. Les femmes sont appelées à jeter du henné dans le bassin du hammam tout en allumant des bougies. Un rituel ancestral qu’on a voulu rendre synonyme de « baraka » et de l’exaucement des vœux. Pour aller à Hammam Melouane, il faut passer par Bougara (ex-Rovigo), connue par son marché de gros. Là, et en plein centre-ville, des plaques indiquent la bonne direction. Comptez encore 6 km pour y arriver, en empruntant le chemin de wilaya 61. Attention, une opération d’élargissement au niveau de l’endroit appelé « Pic des pigeons » est prévue. Le chemin sera fermé six mois le temps d’effectuer l’abattage du flanc de la montagne et de ramasser les gravats. Une déviation est prévue par les douars Aïssaoua et Tahamoult.
La fin du tunnel n’est pas pour demain. Barrages omniprésents, voitures roulant à toute vitesse sur des routes sinueuses au milieu des arbres et des montagnes, nuits désertes : la Kabylie vit des moments durs. Et depuis le début du mois de Ramadhan, sept unités d’élite de la Gendarmerie nationale ont été déployées dans la région. Elles appartiennent à la Section de sécurité et d’intervention (SSI), qui a reçu un entraînement et une formation spéciale contre la lutte antiterroriste et le grand banditisme. Officiellement, il s’agit d’une « nouvelle stratégie de redéploiement dans la région ». Pourquoi, alors que depuis 2002 (voir chronologie) les gendarmes ne mettent plus les pieds dans la région ? Sollicitée à plusieurs reprises, la Gendarmerie n’a pas souhaité nous répondre. Nous avons fait la route d’El Kseur à Draâ El Mizane en passant par Takhoukht, pour tenter de comprendre pourquoi la Kabylie plonge à nouveau dans le noir. A Takhoukht justement, un carrefour à la croisée des chemins menant à Ouacifs, Ath Yenni et Ouadhia, une des zones les plus dangereuses de toute l’Algérie, des groupes armés ont semé la terreur pendant le mois de Ramadhan. Dimanche dernier en début de soirée, au moins six militaires (installés dans un campement) et un civil ont été blessés dans un attentat à la bombe perpétré par un groupe d’islamistes armés sur la RN32. La veille, un militaire était ciblé par un attentat terroriste. Une semaine auparavant, deux militaires et un civil ont été les victimes d’un attentat, toujours dans la même zone. La liste est longue, et face à cette recrudescence des actes terroristes, la population a de plus en plus peur. « Il est urgent que les forces de sécurité, gendarmes compris, reprennent les rênes », s’alarme Mohand, ex-délégué de l’aile dialoguiste des archs. « Nous vivons le calvaire malgré la présence de l’armée. Tu sors de chez toi, tu ne sais pas ce qui t’attend », explique Mourad, commerçant à Adekkar. Une source sécuritaire locale, qui préfère garder l’anonymat, résume : « Le problème, c’est que les tensions sociales dues aux conditions de vie quotidiennes, au chômage, aux difficultés d’accès au logement, au crédit, sont aggravées par la menace terroriste et les kidnappings. » Car l’autre gangrène qui sévit en Kabylie depuis 2005 et à laquelle devront s’attaquer les unités d’élite de la Gendarmerie, ce sont les rapts de chefs d’entreprise, de commerçants ou même d’émigrés. Pratiqués avec une grande facilité dans une région livrée à elle-même malgré le déploiement des militaires dans le cadre du dispositif de lutte antiterroriste. La dernière tentative d’enlèvement a été signalée à Ouacifs, en août dernier, sur une personne déjà kidnappée l’an dernier. Grâce à l’intervention de son voisin armé, les terroristes ont finalement renoncé à leur acte. La même semaine, un commerçant de Béni Douala et son fils ont été enlevés. Le fils vient d’être relâché après paiement d’une rançon. D’après la même source sécuritaire, 50 cas de kidnapping ont été recensés depuis quatre ans, la rançon totale versée étant estimée à plus de 35 milliards de centimes. En réalité, ils seraient beaucoup plus nombreux, certaines familles renonçant à déclarer le rapt de peur de représailles. Aujourd’hui, un orage s’abat sur Larbaâ Nath Ouacif, à quelque 30 km au sud de Tizi Ouzou. La population, déjà taciturne, se replie encore plus. Les habitants sont attentifs et guettent les moindres faits et gestes. « Qui êtes-vous pour me parler de la situation ? Je ne vous fais pas confiance », nous lance Sofiane, avant de prendre congé. Ses copains s’éclipsent un par un. « Ils sont persuadés que vous êtes des services ou des terroristes. Laissez ces jeunes tranquilles, vous vous mettez en danger », nous conseille une voix sage de la région. « Malgré la présence discrète des gendarmes - leur brigade est installée sur les hauteurs de la ville - la population n’est pas rassurée, note Hakim, un étudiant en sciences politiques. En plus, les jeunes ont un problème avec la police. Il y a trop de hogra. Cela crée des tensions et la situation risque d’exploser à tout moment. » Et les SSI auront, comme les autres gendarmes, des difficultés à communiquer avec la population locale, comme essaie de nous le dire l’un d’entre eux en faisant allusion au recrutement d’indicateurs. Du côté de la population, la partition n’est pas la même. « On se présente souvent au commissariat et à la brigade afin de leur signaler des mouvements suspects, mais ils ne font rien », témoigne Samir. Comme en temps de guerre, les habitants s’échangent informations et conseils : « On les a croisés hier soir à Agni Aghrane… Fais attention. » Chaque jour, la population signale la présence d’un « faux barrage dans la région ». Pour ajouter de la confusion à la situation, les habitants de la région évoquent pour la première fois un fait nouveau. « L’accointance de certains jeunes avec les terroristes, confie Salah, la trentaine. J’en connais qui sont payés entre 5000 et 20 000 DA pour simplement collecter des informations sur le déplacement des forces de sécurité ! Leurs complices leur livrent des informations sur des notables et des commerçants de la région. » Et Boualem, un commerçant, de poursuivre : « On les connaît, mais que peut-on faire ? » Mahfoud, un ancien militaire, explique cette connexion entre les jeunes et les terroristes par la succession d’événements qui ont marqué la région depuis le départ des gendarmes en 2002. « Certains jeunes issus de milieux très pauvres auraient été recrutés par la maffia du sable puis se seraient ensuite retrouvés entre les mains des barons de la drogue. Ces derniers, sans la complicité et le soutien des terroristes, n’auraient pas pu sévir dans la région. Avec la fedya (rançon) des kidnappings et des faux barrages, tout ce business est devenu la source de financement la plus importante pour les terroristes. Les jeunes, conscients de la situation dans laquelle ils se trouvent, sont pris au piège. » Rafik, lui, n’en peut plus. « La pratique est devenue tellement visible que nous sommes dans l’obligation de les dénoncer. Nous ne pouvons plus vivre dans cette situation, beaucoup de familles ont fui leurs maisons pour se réfugier ailleurs ! », se désole-t-il. Compte tenu de cette nouvelle donne sécuritaire, comment la population accueille-t-elle l’annonce du retour des gendarmes ? « Le retour des gendarmes est un non-événement, confie Mustapha, un jeune croisé sur notre route. Cela ne changera rien à notre situation. » Pour les plus anciens, les souvenirs douloureux ressurgissent. « Ils ont fait beaucoup de mal, soupire Hamid, un citoyen de Ouacifs. Je me souviens très bien de la cruauté avec laquelle on tirait sur les jeunes manifestants. Comment croyez-vous que l’on voit leur retour parmi nous ? » De l’autre côté de la rivière, à Ouadhia, les habitants ne voient pas non plus l’utilité de leur retour. « Drogue, maffia du sable, terrorisme, criminalité… Voilà à quoi nous sommes réduits aujourd’hui. Alors que vont-ils régler ? » Plus loin, à Aïn Zaouia, Sid Ali Bounab et Draâ El Mizane (où nous avons été informés de la tenue d’un faux barrage la veille de notre passage), l’évocation du mot « gendarme » fait l’unanimité. « Nous faisons chaque jour face à la menace terroriste. Que les gendarmes viennent ou qu’ils repartent, cela ne nous rassure pas. Nous serons au contraire plus exposés au danger, les brigades et les commissariats étant les cibles privilégiées des terroristes. » Farouk, un trentenaire au chômage, ironise : « La misère y est pour beaucoup dans ce chaos. Mais lorsque Bouteflika est venu en visite pendant sa campagne électorale, nous lui avons fait bon accueil. Parce que nous aussi, nous voulons notre part du gâteau. » Sur la route, les écriteaux « Pouvoir assassin, wlach smah oulach… » ont été effacés avec de la peinture. Malgré la lumière du jour, les arbres qui défilent au bord de la route semblent nous enfermer dans un tunnel sombre. La Kabylie, elle, n’en voit pas le bout. Repères 11 juin 2001 La plate-forme d’El Kseur qui liste les revendications du mouvement citoyen né dans le sillage des émeutes de Kabylie exige « le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts des URS ». 29 juillet 2001 Le rapport de la commission d’enquête sur les événements de Kabylie, présidée par le juriste Mohand Issad, désigne la gendarmerie, « impliquée seule » dans le déclenchement des émeutes et leur répression. Ainsi, l’assassinat du jeune Massinissa Guermah, qui mit le feu aux poudres, est une « bavure » et non un accident comme l’avaient affirmé les gendarmes. « Les gendarmes sont intervenus sans réquisition des autorités comme la loi le stipule, souligne le rapport. Les ordres de la gendarmerie de ne pas utiliser les armes n’ont pas été exécutés, ce qui donne à penser que (son) commandement a perdu le contrôle de ses troupes, ou que la gendarmerie a été parasitée par des forces externes à son propre corps. » Aucune lumière n’a été faite sur ces « forces externes ». 1er mars 2002 Le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, déclare qu’il n’est pas question du départ de la gendarmerie de la Kabylie. Pour Zerhouni, l’Etat a déjà pris ses responsabilités en décidant de muter des gendarmes et en sanctionnant d’autres ayant commis des « dépassements ». 23 mars 2002 Le mouvement de la gendarmerie des wilayas de Tizi Ouzou et Béjaïa a été officiellement mis en œuvre. Selon des informations crédibles, 14 brigades de gendarmerie de Tizi Ouzou étaient concernées par ce mouvement de « délocalisation » sur les 37 que compte la wilaya. La visite d’Ali Tounsi le jour même à Tizi Ouzou laissait à penser que les gendarmes seraient remplacés par les BMPJ.